1. Pourquoi l'épaule du volleyeur souffre

Au volley, la plupart des blessures sont liées à deux gestes répétés : sauter et frapper le ballon au-dessus de la tête. L'épaule y subit des contraintes de torsion très importantes, en particulier au smash et au service smashé (Eerkes, 2012).

Les blessures de surmenage de l'épaule figurent parmi les plus fréquentes du volleyeur. Une revue les situe autour de 19 %, un peu au-dessus du dos (17 %), avec l'âge, la technique de frappe et le volume d'entraînement comme principaux facteurs de risque (Seminati, 2013).

Trois facteurs reviennent dans les travaux sur les sportifs qui lancent ou frappent au-dessus de la tête (Cools, 2015) :

Une blessure antérieure, une amplitude trop faible ou au contraire excessive, et un manque de force de la coiffe augmentent aussi le risque (Tooth, 2020).

Ce que la recherche ne dit pas encore

Les preuves sur les facteurs de risque restent limitées ou contradictoires (Asker, 2018). La perte de rotation interne va dans le sens d'un risque accru, sans que l'effet soit statistiquement net (Keller, 2018). Et mesurer les amplitudes en début de saison ne suffit pas à repérer les volleyeurs qui vont se blesser (Pozzi, 2020). D'où l'intérêt d'un bilan complet, pas d'un seul test.

Un cas particulier mérite d'être connu : chez le volleyeur, la répétition du geste de frappe peut comprimer le nerf suprascapulaire, avec une fonte du muscle sous-épineux à l'arrière de l'omoplate (Bautista, 2021). Ce n'est pas une indication d'ostéopathie seule : il faut un avis médical et une imagerie.

2. Une épaule, plusieurs étages

Le smash ne commence pas dans le bras. L'énergie part des appuis, passe par le bassin et le tronc, puis remonte vers l'épaule. Un consensus international d'experts retient qu'un maillon faible dans cette chaîne modifie la performance ou favorise une blessure plus loin, et qu'il faut l'évaluer et le traiter chez les sportifs qui frappent au-dessus de la tête (Lluch-Girbés, 2023).

Les revues sur l'épaule du lanceur décrivent la même cascade : capsule postérieure enraidie, petit pectoral tendu, omoplate qui contrôle mal. Elles recommandent d'associer étirements, stabilisation de l'omoplate, gainage et renforcement du bas du corps (Medina, 2022 ; Moiroux-Sahraoui, 2024).

Au bilan, je regarde donc l'épaule comme le bout d'une chaîne :

J'ai détaillé le rôle du rachis thoracique et de la cyphose sur l'épaule dans un autre article : Libérer pour mieux renforcer.

3. Ma prise en charge en ostéopathie

L'ordre de la séance dépend du bilan. Voici la trame que j'utilise le plus souvent avec les volleyeurs.

Libérer les fascias

Je commence par les tissus qui entourent l'épaule et la relient au tronc : le creux axillaire, où passent les vaisseaux et les nerfs du bras, le fascia cervical et les fascias du dos. Le but est de diminuer les tensions qui freinent l'élévation et la rotation du bras, et de préparer le travail articulaire.

Redonner de la mobilité au thorax et à la charnière cervico-thoracique

Un volleyeur qui manque d'extension et de rotation thoracique compense avec l'épaule. Je travaille les étages dorsaux et la charnière cervico-thoracique, avec des mobilisations et, quand le bilan l'indique et en l'absence de contre-indication, des manipulations.

Ce que disent les études : la manipulation thoracique peut augmenter la rotation vers le haut de l'omoplate dans le conflit de l'épaule, mais ses effets sur la douleur et la fonction ne sont pas tranchés (Haik, 2017). Ajoutée aux soins habituels, la thérapie manuelle de la région cervico-thoracique et des côtes accélère la récupération des douleurs d'épaule (Bergman, 2010). Ajoutée à un programme d'exercices, elle n'améliore pas davantage la douleur, mais les patients se disent plus nettement améliorés (Mintken, 2016). C'est pour ça que la manipulation reste chez moi un moyen d'ouvrir une fenêtre de mouvement, suivi d'exercices.

Traiter toute la ceinture scapulaire

Je travaille ensuite l'épaule de l'intérieur vers l'extérieur, en commençant par l'omoplate : son glissement sur le thorax conditionne tout le reste. Puis viennent les articulations acromio-claviculaire, sterno-claviculaire et sterno-costales, qui permettent à la clavicule et aux côtes d'accompagner l'élévation du bras. Je termine par l'articulation gléno-humérale, en particulier la rotation interne.

Relâcher les muscles en tension

Chez le volleyeur, les tensions se concentrent souvent sur le petit pectoral, le sous-épineux et le petit rond (très sollicités pour freiner le bras après la frappe), et le trapèze supérieur. Leur relâchement soulage et redonne de l'amplitude, à condition d'être suivi de renforcement.

Chercher à distance quand c'est nécessaire

Selon le bilan, je remonte la chaîne : bassin et appuis, qui transmettent la force du saut ; diaphragme, qui s'insère sur les côtes basses et participe à la mobilité du thorax ; sphère viscérale quand elle entretient une tension du tronc.

Ce qui relève de l'expérience clinique

Le travail sur les fascias du creux axillaire, le diaphragme ou les viscères fait partie de mon approche globale, mais il n'existe pas d'études spécifiques chez le volleyeur pour le valider. Je l'intègre quand le bilan le justifie, jamais à la place du travail articulaire et de l'exercice.

4. Après la séance : ce qui fait tenir le résultat

La séance ouvre une fenêtre de mobilité ; c'est l'entraînement qui la garde ouverte. Avec le volleyeur et son staff, on cible :

Un échauffement spécifique de l'épaule, fait deux fois par semaine, a réduit le nombre et la gravité des blessures chez des volleyeurs amateurs, avec une baisse des blessures d'épaule significative chez les hommes (Tooth, 2023).

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5. Quand consulter un médecin d'abord

Certaines situations demandent un avis médical et souvent une imagerie avant toute séance :

En résumé

L'épaule du volleyeur se blesse rarement seule. La traiter, c'est libérer les tissus qui la relient au tronc, redonner du mouvement au thorax et à la ceinture scapulaire, relâcher les muscles en surcharge, puis renforcer. L'ostéopathie apporte la mobilité ; l'entraînement la rend durable.

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Références

Sources consultées sur PubMed le 4 octobre 2026.

  1. Eerkes K. Volleyball injuries. Curr Sports Med Rep, 2012. DOI
  2. Seminati E, et al. Overuse in volleyball training/practice: a review on shoulder and spine-related injuries. Eur J Sport Sci, 2013. DOI
  3. Cools AM, et al. Prevention of shoulder injuries in overhead athletes: a science-based approach. Braz J Phys Ther, 2015. DOI
  4. Tooth C, et al. Risk factors of overuse shoulder injuries in overhead athletes: a systematic review. Sports Health, 2020. DOI
  5. Asker M, et al. Risk factors for, and prevention of, shoulder injuries in overhead sports: a systematic review with best-evidence synthesis. Br J Sports Med, 2018. DOI
  6. Keller RA, et al. Glenohumeral internal rotation deficit and risk of upper extremity injury in overhead athletes: a meta-analysis and systematic review. Sports Health, 2018. DOI
  7. Pozzi F, et al. Preseason shoulder range of motion screening and in-season risk of shoulder and elbow injuries in overhead athletes: systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med, 2020. DOI
  8. Bautista JM, et al. Infraspinatus atrophy due to Bennett lesion causing suprascapular nerve palsy. J Ultrason, 2021. DOI
  9. Lluch-Girbés E, et al. Kinetic chain revisited: consensus expert opinion on terminology, clinical reasoning, examination, and treatment in people with shoulder pain. J Shoulder Elbow Surg, 2023. DOI
  10. Medina G, et al. The thrower's shoulder. JBJS Rev, 2022. DOI
  11. Moiroux-Sahraoui A, et al. Prevention of overhead shoulder injuries in throwing athletes: a systematic review. Diagnostics, 2024. DOI
  12. Haik MN, et al. Short-term effects of thoracic spine manipulation on shoulder impingement syndrome: a randomized controlled trial. Arch Phys Med Rehabil, 2017. DOI
  13. Bergman GJD, et al. Manipulative therapy in addition to usual medical care accelerates recovery of shoulder complaints at higher costs. BMC Musculoskelet Disord, 2010. DOI
  14. Mintken PE, et al. Cervicothoracic manual therapy plus exercise therapy versus exercise therapy alone in the management of individuals with shoulder pain: a multicenter randomized controlled trial. J Orthop Sports Phys Ther, 2016. DOI
  15. Tooth C, et al. Prevention of shoulder injuries in volleyball players: the usefulness and efficiency of a warm-up routine. Phys Ther Sport, 2023. DOI